Forteresse royale de Chinon

Forteresse royale de Chinon

Présentation générale

La forteresse royale de Chinon a été construite sur un éperon rocheux dominant la ville de Chinon et la Vienne. La citadelle, édifiée entre le 12ème et le 15ème siècle, a été l’objet d’une récente campagne de restauration et de mise en valeur s’inscrivant dans un projet global à l’échelle de la ville et plus largement du territoire du Val de Loire. Ce projet a été également l’occasion de créer un bâtiment contemporain d’accueil et d’exposition, ainsi que la mise en lien de la ville basse et du plateau Saint-Georges par le biais d’un ascenseur urbain. Ces travaux, initiés entre 2000 et 2010, ont été l’occasion de repenser complétement l’accessibilité de la forteresse royale et d’augmenter d’un tiers la surface du site de visite.

Le projet s’inscrit également dans l’une des priorités définie par la Région Centre – Val de Loire, qui est de « valoriser le patrimoine et favoriser les activités touristiques sur un site classé par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’Humanité » en le rendant notamment plus accessible aux personnes en situation de handicap.

Principales interventions d’accessibilité :

  1. connexion entre la ville basse et la forteresse (création d’un ascenseur urbain)
  2. création d’un bâtiment d’accueil contemporain et traitement des abords immédiats
  3. signalétique et outils de médiation accessibles

Situation géographique :

Chinon, Indre-et-Loire, France

Description des installations :

La forteresse de Chinon est composée de trois ensembles bâtis que sont : à l’ouest le fort du Coudray, à l’est le fort Saint-Georges, et au centre le château du Milieu, ce dernier comprenant les logis royaux.

Le promontoire rocheux sur lequel se trouve la forteresse, le plateau Saint-Georges, est occupé depuis environ trois mille ans. Il a été fortifié à la fin de l’Empire romain.

La restauration des ouvrages classés a été menée par l’architecte en chef des monuments historiques Arnaud de Saint-Jouan. Tandis que la construction d’un nouvel espace d’accueil et d’exposition a été confiée aux architectes Hervé Baudouin et Benoit Engel.

Axonométrie de l’ensemble du site. Crédit photographique : Forteresse Royale de Chinon.
Axonométrie de l’ensemble du site. Crédit photographique : Forteresse Royale de Chinon. 

Page d’information sur le projet :

Vignette : Photo – © – Gillard & Vincent

Enjeux du site

Valeur patrimoniale et attractivité

  • site classé au titre des Monuments Historiques depuis 1840
  • forteresse située au cœur du Val de Loire, site classé au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.
  • mention spéciale au prix « Patrimoines pour Tous » 2017
  • prix victoire de l’accessibilité / concours régional décembre 2014 pour le parcours destiné aux personnes en situation de handicap mental
  • environ 140 000 visiteurs/an

Problème d’accessibilité avant travaux

  • accessibilité du site (promontoire rocheux)
  • accueil des publics : sanitaires, boutique, mobilier, etc.
  • traitement des abords et revêtements de sol (pavés)
  • des outils de médiations pour tous les publics à développer

Stratégie d’intervention

Classé aux Monuments Historiques depuis 1840, le site n’avait pas été jusqu’à présent l’objet d’une restauration lourde. Les travaux récents avaient donc pour ambition de réaliser une remise en silhouette des remparts et des tours, ainsi que des travaux de charpente et de couverture sur les logis royaux.

Elévations sud, avant et après travaux projetés. Crédit photographique : Arnaud de Saint-Jouan, extrait de la publication AMC n°171.
Elévations sud, avant et après travaux projetés. Crédit photographique : Arnaud de Saint-Jouan, extrait de la publication AMC n°171.

Le bâtiment contemporain d’accueil a été imaginé de manière à s’intégrer à la silhouette des remparts. Il reprend la matérialité minérale du contexte existant et la tonalité de la pierre locale. D’une volumétrie simple, le bâtiment dialogue et contraste avec les lignes architecturales de l’existant, les deux se distinguant très clairement à l’approche de l’entrée du site.

Le bâtiment d’accueil. Crédit photographique : Christophe Raimbault.
Le bâtiment d’accueil. Crédit photographique : Christophe Raimbault.

Projet

La connexion entre la ville basse et la forteresse

L’accessibilité à ce site contraint surplombant la Vienne et la ville de Chinon a été pensée à l’échelle de la ville avec la création d’un ascenseur urbain. Cet ascenseur situé à proximité du centre ville a été implanté sur le parking existant de la Brèche. L’ascenseur débouche en partie haute sur une passerelle située à proximité de l’entrée sud de la forteresse. Même s’il reste une pente à gravir, la connexion entre ville basse et haute est plus immédiate, et le parcours de visite à l’échelle de la ville en est facilité. L’impact de l’aménagement sur le paysage a été traité par un travail de la transparence en partie haute du volume. Le haut de la cage d’ascenseur étant en verre tandis que la partie basse est en traitement minéral opaque.

Ce projet a fait l’objet d’un soutien de l’Etat, la Région Centre et le Département, et a été inauguré en 2008. Les travaux ont été réalisés concomitamment à la restructuration du site historique de la forteresse.

Accès par l’ascenseur urbain. Crédit photographique : Samuel Fruchard
Accès par l’ascenseur urbain. Crédit photographique : Samuel Fruchard

La création d’un bâtiment d’accueil et le traitement des abords immédiats 

Depuis la passerelle de sortie de l’ascenseur, les visiteurs accèdent à la forteresse par une voie publique traitée en enrobé (ayant une déclivité notable) et ensuite par un cheminement traité au sol en béton désactivé. Celui-ci donne accès au bâtiment d’accueil construit en 2010 par les architectes Hervé Baudouin et Benoit Engel. Il abrite également d’autres espaces accessibles dédiés à l’accueil des publics situés au rez-de-chaussée, tels que la billetterie, la boutique, et la salle d’exposition temporaire. Le bâtiment comprend également un étage dédié aux locaux administratifs.

Une esplanade située au Nord donne également accès au bâtiment d’accueil, elle comprend par ailleurs deux places de stationnement pour les personnes à mobilité réduite. Un escalier et une rampe sont aménagés pour rejoindre le bâtiment depuis l’esplanade.

Vue aérienne du bâtiment d’accueil. Crédit photographique : Samuel Fruchard
Vue aérienne du bâtiment d’accueil. Crédit photographique : Samuel Fruchard

La banque d’accueil est adaptée aux personnes en fauteuil. Un espace de repos est également prévu dans le hall pour les personnes fatigables. Des fauteuils roulants sont disponibles sur demande pour la déambulation dans le bâtiment et le parc.

Banque d’accueil. Crédit photographique : Samuel Fruchard
Banque d’accueil. Crédit photographique : Samuel Fruchard

Le marquage des marches par contraste de matériaux, est traité sobrement en découpe dans la matière.

Traitement des contrastes sur l’emmarchement (bâtiment d’accueil). Crédit photographique : Clémentine Laurent-Polz
Traitement des contrastes sur l’emmarchement (bâtiment d’accueil). Crédit photographique : Clémentine Laurent-Polz

L’espace d’accueil et la salle d’exposition sont également dotés d’une boucle magnétique.

Le traitement de sol d’une partie du site, à l’origine pavé et très inconfortable pour les visiteurs en fauteuil, a fait l’objet de travaux d’amélioration. Après validation de l’Architecte des Bâtiments de France, des travaux de reprise de la planéité de l’ensemble ainsi que le rejointoiement de la zone pavée ont permis de rendre plus accessibles deux cheminements : le pont d’accès à la tour de l’Horloge et le chemin reliant la Tour de l’Horloge au château du milieu.

Le traitement du sol pavé. Crédit photographique : Gillard & Vincent.
Le traitement du sol pavé. Crédit photographique : Gillard & Vincent.

En revanche, l’accès aux tours médiévales n’a pas pu faire l’objet d’une mise en accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Ces tours abritent de nombreux escaliers (parfois hélicoïdaux), peu d’espace et des passages exigus et potentiellement anxiogènes pour les publics en situation de handicap mental.

Des outils de médiations ont été mis en place de manière à rendre compte de l’intérieur de ces tours aux différents publics.

La signalétique et les outils de médiation accessibles

Les logis royaux abritent une scénographie structurée autour de deux parcours : un parcours vidéo et un parcours muséographique. Le premier parcours s’appuie sur quatre films projetés dans quatre salles d’immersion et représentant quatre périodes historiques majeures.

Faisant suite à ces salles d’immersion, deux salles dédiées à Jeanne d’Arc intègrent une collection d’objets d’art des 18ème, 19ème, et 20ème siècles.

Enfin, les deux dernières salles du parcours sont dédiées à l’histoire de la forteresse, et proposent aux visiteurs des bornes multimédia ainsi que la collection archéologique issue des fouilles effectuées sur le site.

Les deux parcours sont compléter par des installations au sein du parc historique et des tours : deux bancs sonores ainsi que des reconstitutions 3D du site.

Plusieurs actions ont été menées en faveur de l’accessibilité depuis la réouverture du site en 2010. Les outils de découverte tactile ont été, pour les premiers, installées en 2012 sur le site. S’en est suivi, la mise en place d’un audio/visio-guide en 2013. Puis une table d’orientation tactile située à l’entrée du site et installée en 2014.

Plan tactile à l’entrée du site. Crédit photographique : Christophe Raimbault.

La table d’orientation tactile comprend plusieurs types d’informations :

  • un plan général du site dans son ensemble, intégrant des repères majeurs tels que la rivière et les routes situées aux abords ;
  • un plan du site de la forteresse où apparaissent les différents services dédiés au public (accueil, billetterie, sanitaires, etc.) ;
  • une vue en coupe permettant de lire la forte déclivité du site par rapport à la ville basse ;
  • des façades des différents édifices présents sur le site (les tours principales, les façades des logis royaux) en relief.

Le dispositif intègre également les légendes en lien avec les pièces graphiques et tactiles présentées, elles sont traduites en anglais et en braille. Des contrastes visuels ont également été recherchés entre les parties en volume et le support.

La table tactile est conçue en Corian, matériau naturellement antifongique, antibactérien et très résistant, ce qui présente des réels avantages pour un usage public et en extérieur.

Des maquettes tactiles ont également été conçues pour expliquer les différentes étapes de construction et déconstruction du site. Pour cela, cinq maquettes tactiles en bois et résine ont été réalisées pour représenter cinq étapes majeures de l’histoire du site entre le 12ème et le 21ème siècle.

Les maquettes tactiles. Crédit photographique : Christophe Raimbault.
Les maquettes tactiles. Crédit photographique : Christophe Raimbault.

D’autres dispositifs tactiles de médiation ont été mis en place, et notamment les reproductions tactiles des éléments suivant de la collection :

  • la Tapisserie de la Reconnaissance d’Aubussion (17ème siècle) ;
  • une affiche de propagande mettant en scène Jeanne d’Arc ;
  • une affiche représentant l’épée de Jeanne d’Arc ;
  • des graffitis templiers reproduits en relief inversé.
La reproduction tactile des graffitis templiers situés dans le donjon du Coudray. Crédit photographique : Christophe Raimbault.
La reproduction tactile des graffitis templiers situés dans le donjon du Coudray. Crédit photographique : Christophe Raimbault.

Acteurs et processus de projet

Acteurs

Maitre d’ouvrage :

  • Conseil général d’Indre-et-Loire

Maître d’œuvre :

  • Architecte en Chef des Monuments Historiques : Arnaud de Saint-Jouan (restauration du site classé aux Monuments Historiques)
  • Architectes Baudouin-Engel (construction neuve)

Conception et fabrication de la table tactile :

  • Tactile Studio (table tactile)
  • Associations locales pour la mise en place des parcours

Processus de projet

En lançant son projet « La Forteresse royale de Chinon ouvre ses portes au Handicap » le conseil général d’Indre-et-Loire a souhaité donner un signal fort d’accessibilité à un site naturel contraint et difficile d’accès. Le projet s’est développé en lien avec la nouvelle scénographie mise en place en 2010. Les premiers retours du public ont ainsi pu être récoltés pour donner lieu à la création de dispositifs complémentaires adaptés concernant la médiation et la signalétique.

Un parcours facile à lire, facile à comprendre a été mis en place à destination des publics en situation de handicap mental. Pour cela, les associations locales ont été associées au projet dés le début de manière à prendre en compte, au mieux, les besoins spécifiques de ces publics. Différentes associations ont été ainsi consultées pour la conception et l’amélioration du parcours, notamment l’IME de Tour. Une phase de tests a été réalisée sur site avec les associations pour ajuster et finaliser le projet en fonction des retours du public en situation de handicap. Conjointement, le développement du projet a nécessité l’intégration d’une consultante spécialisée sur les questions de handicap.

Enfin, le projet a également permis de faire travailler des personnes en situation de handicap, telle que la personne qui signe la visite du visio-guide, elle-même sourde.

Photographies et plans