Neues Museum

Crédit photographique : SPK_David Chipperfield Architects, photo Jörg von Bruchhausen

Présentation générale
Le Plan Directeur pour la valorisation de la Museumsinsel (île des musées) (2000-2015) prévoit une promenade archéologique souterraine qui reliera entre eux quatre des cinq musées inscrits dans le patrimoine mondial de l’UNESCO.

Principales interventions :

  1. la rampe et les ascenseurs
  2. permis de toucher
  3. cheminement entre les musées

Situation géographique :

Berlin, sur l’île de la Spree dans le centre ville

Description des installations :

Construit sur la Museumsinsel  (île des musées) entre 1843-1855, largement détruit pendant la deuxième guerre mondiale et ingénieusement rénové par David Chipperfield, le Neues Museum est un exemple exceptionnel de l’architecture muséale du 19e siècle qui intègre parfaitement design spatial, scénographie et décoration intérieure à finalité éducative et de plaisir esthétique.

Pour aller plus loin :

Enjeux du site

Valeur patrimoniale et attractivité

  • parmi les cinq musées de la Museumsinsel inscrits dans le patrimoine mondial de l’UNESCO
  • témoin de la muséologie et de l’histoire culturelle du 19ème siècle
  • 6 prix prestigieux, dont le prix Mies van-der-Rohe Prize pour l’intégration réussie entre architecture contemporaine, restauration and collections d’art
  • environ 800 000 visiteurs par an

Problèmes d’accessibilité

  • l’entrée principale comportait un petit escalier
  • l’accès aux contenus culturels pour les personnes en situation de handicap sensoriel était très limité
  • pour les personnes à mobilité réduite le déplacement d’un musée à l’autre est compliqué

Stratégie d’intervention

L’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite était inscrite dans le cahier des charges de la rénovation du Neues Museum et représente une obligation légale dans l’état fédéral de Berlin. Les exigences en matière d’accessibilité des réglementations existantes, les normes industrielles allemandes (DIN) ainsi que les recommandations pour la conception universelle « Barrierefreies Planen und Bauen » de Berlin ont été suivies. La forte valeur culturelle et patrimoniale du musée exigeait des interventions discrètes lors des travaux de rénovation, y compris pour la mise en accessibilité. Le projet combine ingénieusement restauration, rénovation, construction et innovation technique afin de proposer une ambiance intérieure qualitative (choix des matériaux, traitement de la lumière).

Le musée expérimente avec la possibilité pour tous les visiteurs de pouvoir toucher un petit nombre d’objet (majoritairement des répliques). Quelques aménagements ont été faits pour visiteur en situation de handicap visuel.

L’accessibilité du cadre bâti fait partie intégrante du plan directeur pour la valorisation de la Museumsinsel (2000-2025).

Projet

1. Le traitement des rampes et des ascenseurs

Les recommandations pour la conservation du Neues Museum insistaient sur la nécessité de « l’art de l’intervention minimale » pour préserver l’édifice et pour permettre aux visiteurs d’imaginer ce « sanctuaire des arts et de la science » tel qu’il a pu apparaître aux visiteurs du 19e siècle lorsqu’ils se promenaient dans ses espaces et galeries.

La rampe d’accès principale

La longue façade de colonnades doriques accentue l’horizontalité de l’édifice. Elle contraste avec le traitement des aménagements intérieurs, dont la clarté de l’organisation spatiale et thématique souligne des objectifs pédagogiques.

photographie de la rampe

Traitement sobre de la rampe d’accès, en harmonie avec le pavage du sol – Crédit photographique : Marcus Weisen

Sous les colonnades, une rampe longue et sobre en granit à la pente légère mène jusqu’à l’entrée principale et s’efface dans son environnement patrimonial. Ses bords larges, légèrement surélevés lui donnent matérialité et présence. La rampe est faite avec la même pierre que le cheminement et son bord peu contrasté peut s’avérer un obstacle pour les visiteurs en situation de handicap visuel. Les recommandations de conservation du patrimoine données par l’état de Berlin aux architectes préconisent que chaque nouvelle construction se distingue du cadre bâti ancien (pour respecter l’intégrité du patrimoine). Ce principe ne fut pas adapté pour la rampe. L’usage de la même matière que celle utilisée pour le cheminement (au ton près) participe à préserver l’ambiance des l’espace.

Des mains courantes n’ont pas été aménagées, pour préserver les qualités spatiales et formelles du cadre ancien – cette approche est assez fréquente dans des lieux du patrimoine à l’architecture remarquable. La pente légère de la rampe accorde un bon confort d’usage à de nombreuses personnes à mobilité réduite, mais des mains courantes faciliteraient le déplacement pour d’autres.

Le Neues Museum négocie les contraintes parfois opposées entre conservation du patrimoine (considérée comme exceptionnellement élevées dans ce cas) et le droit à l’accès pour tous de manière originale. La rampe a fait l’objet du même soin pour le détail dont les architectes et leurs associés ont fait preuve pour l’ensemble de la rénovation. Elle invite aussi à réfléchir sur une problématique propre à la conservation du patrimoine: comment repousser plus loin encore les limites actuelles de l’élégance, du confort d’usage et de la sécurité pour tous?

Les micro-rampes

Des « micro-rampes » permettent de traiter les différences de niveaux entre certaines salles d’exposition du musée. A droite de l’entrée, une petite rampe situé dans l’embrasure des portes donne accès à la « Galerie Mythologique »  (« Mythologischer Saal ») dont le sol est approximativement 4 cm plus haut que celui du hall d’entrée. Sa surface est ornée de carrelages polychromes originaux du 19e siècle, dont le motif en zigzag pointe vers la galerie. Une autre rampe propose un traitement de sol intéressant puisqu’il est contrasté avec une large bordure en marbre noir, tandis que la pente est revêtue de petits carreaux carrés blanc cassé.

Rampes d'accès entre les sallesrampe contrastée

Rampes d’accès entre les salles d’exposition – Crédits photographiques : Marcus Weisen

Ce type de traitement font rarement l’objet d’un diagnostic d’accessibilité. Ils démontrent que le traitement des pentes et des rampespeut également faire l’objet d’une attention particulière et participer à la qualité de l’espace. Dans les espaces publics inclusifs du 21e siècle, l’accessibilité et le confort d’usage deviennent partie intégrante de cette nouvelle esthétique.

Les ascenseurs

L’intérieur du Neues Museum fut presque entièrement détruit à la fin de la deuxième guerre mondiale. Les murs porteurs et les principaux espaces furent restaurés et des ascenseurs aménagés dans les espaces nouvellement construits (qui étaient anciennement à l’usage du personnel). Bien situés, ils donnent sur le parcours de visite principal. L’ascenseur principal, ainsi que le grand ascenseur de service également à disposition des visiteurs, est situé discrètement dans un couloir et offre une alternative à l’escalier monumental.

Situé au deuxième étage dans le fameux axe qui relie deux salles rotondes aux extrémités du bâtiment –  l’une est consacrée au buste de Nefertiti et l’autre à une sculpture du dieu Helios – l’ascenseur est discrètement en retrait et pourtant bien signalé. Il prend la place d’une ancienne cage d’escalier. L’ascenseur de service est peu éclairé, ce qui peut diminuer le sens du confort et de la sécurité de quelques usagers.

l'intégration de l'ascenseur

L’intégration de l’ascenseur – Crédit photographique : Marcus Weisen

2. Des outils de médiation tournés vers le toucher

Lors de l’exposition temporaire “Lumière d’Amarna 100 ans de découverte de Nefertiti”, le musée a mis dix objets à la disposition du toucher pour tous les visiteurs, dont une sculpture authentique en granit. Une étiquette spécialement conçue, sur laquelle on peut lire les mots « Pour toucher »,  signalise les objets.

Etiquette "pour toucher"Réplique en plâtre d'une sculpture de Nofretete

Etiquette « pour toucher » et réplique en plâtre d’une sculpture de Nofretete – Crédits photographiques : Marcus Weisen

Cette réplique en plâtre d’une sculpture de Nofretete (hauteur 40.5 cm) fut posée sur un socle bas pour que les usagers de chaise roulante et les enfants puissent la toucher. Un cartel avec de brèves informations en braille avait été aménagé sur le socle. L’original était placé en vitrine, à proximité. La scénographie, l’éclairage, la petite taille de l’objet et la tranquillité de la galerie favorise l’intimité de la découverte. Le musée envisage de renouveler de telles expériences.

Des visites guidées pour visiteurs en situation de handicap visuel donnent accès à sept objets et détails architecturaux authentiques. Dans l’une des salles du musée est exposé une réplique en bronze du buste de Nefertiti. Elle est située dans l’une des niches de rotonde et peut être touchée de tous.

Buste de NefertitiVitrines d'exposition et usagers en fauteuil roulant

Buste de Nefertiti – Crédit photographique : Musées nationaux de Berlin et Vitrines d’exposition et usagers en fauteuil roulant – Crédit photographique : Marcus Weise

Les vitrines d’exposition du Neues Museum sont conçues par Michele de Lucchi. Dans plusieurs galeries, la base des vitrines d’exposition se situe juste en-dessous de la hauteur des yeux des visiteurs en chaise roulante. Ainsi, les conditions de découverte optimales des objets exposés ne sont pas garanties partout dans le musée.

3. Le cheminement entre les musées de la Museumsinsel

Les déplacements d’un musée à l’autre sur la Museumsinsel sont compliqués pour les usagers en chaise roulante. Les escaliers monumentaux du Altes Museum et le Alte Nationalgallerie rendent impossible l’accès par l’entrée principale pour les visiteurs à mobilité réduite. L’accès de plain-pied se fait par les entrées pour groupes et visites scolaires situées sur des façades latérales. Les visiteurs en chaise roulante accèdent dans les salles d’exposition du Bode Museum par l’entrée principale moyennant l’usage de trois plate-formes élévatrices (une solution peu idéale, mais la seule possible à ce jour).

Le Plan Directeur pour la valorisation de la Museumsinsel (2000-2025) s’articule autour d’une promenade archéologique souterraine qui reliera entre eux quatre des cinq musées inscrit dans le patrimoine mondial de l’UNESCO. La promenade archéologique simplifiera les déplacements entre les musées pour les personnes à mobilité réduite. Les quatre musées ont été construits à différentes époques entre 1830 et 1930, en partie sur un terrain difficile. Ils possèdent chacun leur identité stylistique et sont de dimensions variables. Le niveau du sol de leurs sous-sols présente donc des différences de hauteur.  Pour relier les bâtiments entre eux, il sera nécessaire d’installer des ascenseurs et plusieurs petits emmarchements. Des ascenseurs donneront accès aux différents étages des musées.

Conclusion

Un petit nombre d’intervenions discrètes et esthétiques assure aux visiteurs à mobilité réduite l’accès à l’ensemble du musée. Ces interventions ont fait l’objet de la même attention au détail qui fait de la rénovation du Neues Museum un projet exemplaire.

Le sentiment de sécurité lors de l’usage de l’ascenseur de service et les conditions de découverte des objets en vitrine ne sont pas optimales, mais quelques ajustements seront peut-être possibles lors de futurs programmes de maintenance ou de rénovation.

L’intégration harmonieuse de la rampe dans son environnement, ainsi que le traitement des embrasures de porte à l’intérieur du musée pointent vers une nouvelle esthétique de la rampe dans laquelle élégance et confort vont de paire.

Acteurs et processus de projet

Acteurs

  • Maitre d’ouvrage : Stiftung Preußischer Kulturbesitz (SPK) / Staatliche Museen zu Berlin (SMB)
  • Architecte : David Chipperfield Architects London, Berlin en collaboration avec Julian Harrap
  • Experts: le bureau de la coordination de l’accessibilité du cadre bâti (Koordinierungsstelle Barrierefreies Bauen) du département de développment urbain de l’état fédéral de Berlin.

Processus de projet

Le projet de rénovation fut présenté à la commission de la construction et de la voirie et à la commission de la culture de l’état de Berlin.

Plusieurs participants ont été conviés aux travaux de ces commissions: les organisations berlinoises de personnes handicapées en situation de handicap, les référents en accessibilité des communes (Bezirk) de Berlin, ainsi que des représentants des comités scientifiques pour les personnes âgées et pour les personnes en situation de handicap. Ces Commissions ont été coordonnées par le bureau de la coordination de l’accessibilité du cadre bâti (Koordinierungsstelle Barrierefreies Bauen).

Photographies et plans