Acropole d’Athènes

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Présentation générale

L’un des plus célèbres sites archéologiques du monde a vu son accessibilité repensée à l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Principales interventions d’accessibilité :

  • Unifier les sites archéologiques du centre historique d’Athènes en créant un itinéraire piéton accessible
  • Permettre l’accès pour les usagers en fauteuil roulant sur un site classé patrimoine mondial de l’UNESCO
  • L’intégration du système de transport en commun comme un élément de support accessible pour l’ensemble du projet

Situation géographique :

Centre historique d’Athènes, Grèce

Description des installations :

L’Acropole d’Athènes est un plateau rocheux au centre d’Athènes, ancien sanctuaire dédié à la déesse Athéna. Ce site archéologique est constitué d’un ensemble de ruines antiques dont les plus célèbres sont : le Parthénon, l’Érechthéion, le temple d’Athéna Nikè, les Propylées, le théâtre antique de Dionysos, l’odéon d’Hérode Atticus. Le plateau s’élève à environ 148 mètres de haut, le site mesure environ 300 mètres d’est en ouest et 85 mètres du nord au sud. Il n’est accessible que par une pente escarpée sur le côté ouest.

Pour aller plus loin :

http://www.accessibletourism.org/resources/case-study-10-ec-athens-historical-centre-greece.pdf (nouvel onglet)

http://www.ypeka.gr/LinkClick.aspx?fileticket=oB8s3EsjPGI%3D&tabid=367&language=el-GR (nouvel onglet)

Enjeux du site

Valeur patrimoniale et attractivité :

Les sites archéologiques d’Athènes constituent l’un des principaux éléments du patrimoine culturel de la Ville et sont le reflet d’une continuité historique depuis l’Antiquité. Ils sont considérés comme des musées à ciel ouvert et depuis des décennies leur unification constituait le rêve de nombreux architectes et urbanistes. Le centre historique s’étend entre les rues de Dionissiou Areopagitou Street, Apostolos Pavlou Street, Adrianou Street, Ermou Street et Vassilisis Olga Street. Il couvre une superficie d’environ 4 km de long et 15.000 acres. Les principaux monuments de centre historique sont l’Acropole, le théâtre Irodion, l’Agora, l’Arc d’Hadrien, l’ancien temple de Zeus, le Théâtre de Dionysos et la colline Philopappou.

L’Acropole d’Athènes, un éperon rocheux de 160 mètres de haut, domine la ville . Les différents temples et monuments ont été construits il y a environ 2500 ans (le Parthénon, l’Erectheion , le Temple d’Athéna Nikè…). L’Acropole a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987 et reçoit environ 1,5 millions de visiteurs par an.

Parmi les autres sites antiques, le théâtre Irodion situé sur le versant sud-ouest de l’Acropole est un amphithéâtre en pierre construit en 161 et restauré dans les années 1950. Il accueille depuis le Festival d’Athènes, qui se déroule chaque année de mai à octobre avec une capacité de 5.000 personnes.

Le nouveau musée de l’Acropole , conçu par l’architecte Bernard Tschumi avec Michael Photiadis et leurs associés a été achevé en 2007. Il jouxte la Dionysiou Areopagitou Street, à côté de la station de métro Akropoli, et est devenu une attraction clé dans le cœur du centre historique avec environ 1,4 millions de visiteurs par an.

Problèmes d’accessibilité :

Les débuts du projet 
L’unification des sites archéologiques d’Athènes a été initialement incluse dans le Plan d’urbanisme général de la ville d’Athènes de 1985, portant sur :
• la promotion du caractère historique d’Athènes et la mise à niveau de sa zone centrale ;
• l’amélioration de la qualité de vie de tous ses habitants et la protection de l’environnement naturel.
A cette époque, l’accessibilité n’a pas été un facteur clé dans la conception du plan .

Parmi les points spécifiques du plan de 1985, on trouvait :
• la mise à niveau et la décongestion des zones centrales d’Athènes et du Pirée en mettant l’accent sur la conservation de leur caractère historique et sur la promotion de leur image urbaine ;
• la planification des interventions de rénovation urbaine stratégiques.
Ce plan n’a pas été mis en œuvre au cours des quinze années suivantes.

Stratégie d’intervention :

Défis et opportunités grâce aux Jeux Olympiques et Paralympiques d’Athènes (2004)
En 1997, Athènes a été choisie pour accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2004. Le centre historique de la ville devait alors être développé et rénové en préparation des Jeux. Le projet a été conçu et construit suivant les directives d’accessibilité grecques et la législation sur l’urbanisme.
Dans le cadre de sa candidature, l’État grec a également promis de rendre l’Acropole accessible à tous. Les attentes du Comité International Paralympique pour une ville accessible ont également été un facteur de motivation pour la création d’ un environnement accessible pour tous.

La Ville d’Athènes a donc choisi de transformer la ville en améliorant la qualité de vie : suppression de la circulation automobile et mise en place d’une zone continue piétonne reliant les anciens sites archéologiques.

Projet

1 – Unifier les sites archéologiques du centre historique d’Athènes en créant un itinéraire piéton accessible :

Le projet a permis des améliorations significatives dans l’accessibilité des espaces urbains, des sites patrimoniaux et des transports en commun pour les personnes en situation de handicap dans le cadre d’un plan global qui a redéfini le centre historique (monuments, sites et rues historiques).

plan du site

1 – Carte du centre d’Athènes. En jaune la grande promenade, en rouge les rues du centre historique, en magenta les places. Source: Galani-EAXA A.E

Le processus de planification a pris en compte les besoins des différents groupes de personnes handicapées et a été fortement axé sur la mobilité pour tous les types de handicap.

Les principaux objectifs du plan sont :
• l’organisation et la mise à niveau des sites archéologiques ;
• la création d’un réseau piétonnier de haute qualité qui relie les zones archéologiques et recrée, en partie, les anciens mouvements de piétons ;
• la création d’espaces verts, d’espaces ouverts et la mise en place de nouvelles plantations dans le réseau piétonnier ;
• la réhabilitation et la conservation des monuments et la rénovation et la modernisation des bâtiments, y compris la rénovation des façades, l’entretien des bâtiments et l’enlèvement de plus de 5 500 panneaux publicitaires ;
• la restructuration de certaines places historiques d’Athènes ;
• la conception et la mise en œuvre d’un système de gestion du trafic et du stationnement qui accueille les visiteurs et les résidents et résout les pressions par le biais de nouvelles circulations, notamment par une ligne de tramway sur rail fixe qui dessert les principaux corridors piétonniers ;
• la conception et la mise en œuvre d’un plan d’aménagement touchant les zones voisines qui protège les zones résidentielles, tout en préservant les conditions normales de fonctionnement pour les utilisations commerciales existantes et l’industrie légère.

Le projet a suivi les directives d’accessibilité “Designing for All”, du Ministère de l’Environnement, de l’Aménagement et des Travaux publics qui sont inclus dans la législation de planification grecque. L’une des problématiques a été la sélection du matériau de surface pour la voie piétonne et la construction d’une route tactile continue pour les personnes déficientes visuelles.

Les archéologues de l’Etat ont eu un rôle particulier dans le projet. Ils ont proposé de remplacé le trottoir bitumé par des pavés pour rappeler le caractère ancien. Il n’a donc pas été choisi un cheminement en pierre lisse qui aurait apporté plus de confort pour les usagers en fauteuils roulants, les personnes ayant des difficultés à marcher ou les utilisateurs de poussettes. Néanmoins, bon nombre de visiteurs apprécient de se promener le long de cette voie piétonne.
Un cheminement tactile continu a été inséré dans le pavage pour guider les personnes déficientes visuelles. Au cours de la construction de cette voie, l’Union panhellénique des aveugles a été consultée pour tester les solutions proposées. Les pavés utilisés ne sont pas les pavés standards recommandés dans les directives grecques, à la place, en concertation avec les archéologues, il a été convenu que le cheminement tactile ne devait pas être contrastée par la couleur mais en marbre strié par trois lignes (au lieu du modèle standard qui comporte six lignes).

Cheminement tactile en marbre sur Dionysiou Areopagitou Street. Crédit : Papamichail

2 – Cheminement tactile en marbre sur Dionysiou Areopagitou Street. Crédit : Papamichail

Apostolou Pavlou Street avant les travaux : présence importante du bitume et des voitures

Apostoulou Pavlou Street après les travaux : nouveau cheminement piéton en pavé et cheminement tactile en marbre

3 et 4 – Apostolou Pavlou Street avant et après les travaux de piétionnisation. Crédits : Galani, EAXA A.E. and Papamichail 

2 – Permettre l’accès pour les usagers en fauteuil roulant sur un site classé patrimoine mondial de l’UNESCO :

Une des réalisations exceptionnelles du projet en termes d’accessibilité a été l’installation d’un ascenseur pour les personnes à mobilité réduite d’accéder à l’Acropole. Jusqu’à cette installation, la question de l’accès était à peine évoquée, considérée comme scandaleuse compte tenu de l’état du monument. C’est en 1997, suite à la victoire de la candidature grecque pour accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques que l’Etat a fait la promesse de rendre l’Acropole accessible. Pendant longtemps, de nombreuses solutions ont été explorées entrainant des objections au sujet de la détérioration possible du monument. La solution approuvée par le Conseil archéologique central consiste en la construction d’un ascenseur d’escalier et d’un ascenseur ouvert vertical réversibles.
La travaux ont duré du printemps 2004 jusqu’au 13 août 2004, date d’ouverture des Jeux Olympiques et Paralympiques. L’ascenseur a été installé sur le versant nord de l’Acropole et a été rattaché à un mur construit dans les années 1930. Il parcourt une distance de 70 mètres du pied au sommet du site. Pour faciliter l’accès des visiteurs à l’ascenseur, une entrée spéciale séparée située au nord de l’entrée principale du site a été construite. Un véhicule adapté peut venir y chercher les visiteurs à mobilité réduite pour les transporter vers une plate-forme de transport qui peut ensuite transférer les fauteuils roulants et les personnes dans l’ascenseur.
L’ascenseur vertical peut transporter un utilisateur en fauteuil roulant et son assistant, en plus de l’opérateur. Durant un jour de visite normal, le site est visité en moyenne par 10 personnes en situation de handicap. Ce chiffre s’est monté à 3 000 durant les Jeux Paralympiques, incluant les athlètes et leurs accompagnateurs. Au début, seuls les utilisateurs de fauteuils roulants étaient autorisés à utiliser l’ascenseur. Depuis, la politique a été élargie afin d’en permettre l’utilisation aux poussettes et aux personnes ayant des difficultés à marcher, rendant ainsi l’ Acropole accessible à tous.
Une fois en haut de la colline, la surface rocheuse du site rend obligatoire la construction d’un cheminement lisse.

5 – Ascenseur vertical permettant d’accéder à l’Acropole. Crédit Papamichail

élévateur

6 – Élévateur au pied de l’Acropole. Crédit : ATHOC 2004

7 – Utilisateur en fauteuil roulant devant le Parthénon en haut de l’Acropole. Crédit : Ambrose

Des sanitaires adaptés ont été installés à la fois sur le versant ouest de la colline et sur le côté est du site en haut de la colline.
En raison du caractère urgent et complexe du projet, l’ascenseur mis en œuvre a été choisi comme une solution temporaire afin de respecter l’échéance des Jeux Olympiques et Paralympiques. Par conséquent, sa conception est simple et fonctionnelle utilisant la technologie disponible. L’ascenseur ouvert devait être remplacé par la suite par une solution permanente sur la base d’un appel d’offres public intégrant les exigences techniques et des aspects esthétiques plus élaborés. Malheureusement, en raison d’une combinaison de facteurs, la solution permanente n’a pas encore été réalisée.

3 – L’intégration du système de transport en commun comme un élément de support accessible pour l’ensemble du projet :

Le nouveau système de Métro qui relie l’itinéraire piéton en plusieurs points est considéré comme l’un des plus accessibles en Europe. Il combine des normes techniques élevées et des caractéristiques de qualité d’usage exceptionnelles, avec notamment la présence d’installations artistiques d’expositions culturelles dans les stations. La plupart des stations de métro du centre historique peuvent être considérés comme des musées où des objets anciens découverts lors des fouilles pour creuser les tunnels sont exposés. Combiné à l’accessibilité des trains et des bus, cela a fortement contribué au succès de l’ensemble du projet, assurant un accès facile au centre-ville pour les personnes en situation de handicap, les familles avec des petits enfants et diminuant le stationnement des voitures dans le centre-ville.

8 – Schéma montrant comment la zone piétonne est desservie par le réseau de transports en commun.

Conclusion :

Cette intervention a permis de restaurer une partie du caractère original de la ville antique d’Athènes. L’accès au centre-ville historique est ainsi facilité pour tous les visiteurs, faisant de cette partie de la ville de la ville un endroit sûr, confortable, attrayant et agréable pour les expériences touristiques.

Rédaction : Katerina Papamichail, architecte experte en accessibilité

Acteurs et processus de projet

Acteurs :

  • Entreprise Unification of Archaeological Sites Company S.A. (EAXA A.E.). (entreprise fermée en 2012).
  • Ville d’Athènes
  • Ministère de l’environnement
  • Ministère de la culture
  • Central Archaeological Council
  • Comité International Olympique et Comité International Paralympique
  • Comité pour les Jeux Olympiques d’Athènes (ATHOC)
  • Associations de personnes en situation de handicap
  • Financement : Union Européenne et l’État.

Processus de projet :

Le projet d’unifier les sites archéologiques par une voie piétonne était un plan novateur permettant de créer un nouvel environnement attractif et accessible dans un centre historique qui avait préalablement souffertde la circulation automobile. Il s’agit d’un modèle de bonne pratique désormais suivi par d’autres villes grecques. Le projet de renouveau urbain a intégré l’accessibilité comme une exigence de conception contribuant à la mise en place d’un environnement piétonnier accessible à tous. De nombreux éléments qui ont renforcé l’accessibilité ont été intégrés dans des solutions tout au long du circuit archéologique : plantation d’arbres et d’arbustes, nouvelles entrées aux sites antiques, restauration des façades des bâtiments, réemploi de vieux pavés et de bordures en pierre, création d’une voie tactile de 4 km en marbre grec et nouvel éclairage. Les zones pavées existantes conçues par l’architecte Dimitris Pikionis ont été maintenues comme un élément architectural caractéristique.  Une des réalisations exceptionnelles du projet en termes d’accessibilité a été la création d’un ascenseur pour les fauteuils roulants et les personnes à mobilité réduite pour accéder à l’Acropole d’Athènes, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette intervention a permis de briser les limites de ce qui pouvait être considéré comme possible dans l’adaptation de sites patrimoniaux, entraînant une reconnaissance à l’échelle mondiale du fait que les personnes handicapées ont le droit de visiter et de profiter de sites patrimoniaux et culturels au même titre que les autres visiteurs. L’ascenseur a été soigneusement prévu pour être une intervention « réversible » avec une intrusion minimale. En plus de ces interventions, le nouveau système de métro connecté avec la voie piétonne est considéré comme l’un des plus accessibles en Europe, combinant des normes techniques élevées avec une qualité d’usage (présence d’installations artistiques et d’expositions culturelles dans les stations). L’accessibilité des transports en commun a fortement contribué au succès de l’ensemble du projet.

Photographies et plans