L’intégration de l’ascenseur

L’accessibilité d’un bâtiment recevant du public passe souvent par la nécessité d’installer un ascenseur pour desservir les différents niveaux. L’enjeu d’un tel aménagement réside aussi bien dans son emplacement stratégique vis-à-vis de la gestion des flux et de la répartition fonctionnelle, que dans son intégration architecturale. Plusieurs stratégies peuvent être observées parmi les différents cas de mise en accessibilité étudiés : de la création d’une extension d’architecture contemporaine jusqu’à l’intégration interne et discrète.

Le cas de Sainte-Suzanne nous propose un exemple caractéristique du traitement de l’ascenseur qui se traduit par la création d’un bâtiment contrasté apposé au bâtiment existant. Le volume bâti créé permet de traiter à la fois la question de l’accès en rez-de-chaussée mais aussi la desserte de différents niveaux qu’il n’était pas possible de traiter à l’intérieur d’un cadre bâti trop contraint. Cette extension a été rendue possible grâce à la volonté du Département, propriétaire du monument, de rendre le château accessible à tous. Cette volonté, partagée par le Conservateur régional des monuments historiques de l’époque, a ensuite été validée par l’Inspection générale des Monuments Historiques, l’ensemble des façades étant classé au titre des Monuments Historiques.

Sainte-suzanne-vue extérieureSainte-Suzanne-vue du chantier en cours

Château de Sainte-Suzanne – Crédits photographiques Conseil Général de la Mayenne

De même, le Kew Palace, palais royal britannique, présente un dispositif d’intégration de l’ascenseur similaire. En effet, l’un des pignons auquel s’apposait initialement une tourelle abritant les sanitaires a permis l’intégration d’une tour dédiée aux circulations verticales. Les percements existants du pignon correspondant aux portes d’accès des sanitaires, ont permis de limiter l’intervention lourde sur le bâti existant. La tourelle créée est constituée d’un volume simple et bardée de bois. Il s’appose en contraste vis-à-vis du bâtiment existant en brique et à la façade composée de pignons à volutes.

Kew Palace vue extérieure après extensionKew Palace installation de l'ascenseur en travaux

Kew Palace – crédits photographiques Purcell Miller Tritton Architects

Lorsque cela est possible, l’intégration de l’ascenseur peut également se faire à l’intérieur du bâti, là encore de différentes manières, plus ou moins visibles et structurantes.

Au Château des Ducs de Nantes, par exemple, le parti-pris architectural a été de traiter le volume de l’ascenseur principal comme « hyper-mobilier » structurant. Ce nœud de circulations verticales et horizontales organise la desserte des deux bâtiments du Grand Gouvernement et du Grand Logis et rappelle les passerelles qui occupaient anciennement le volume. Le traitement architectural de cet « hyper-mobilier » se fait en rupture avec le contexte puisqu’il offre un fort contraste avec le cadre bâti, aussi bien en termes de matériaux que de couleurs. Il est aussi l’occasion de valoriser la qualité du volume offert par cet espace des Jacobins vidé de ses planchers pour l’installation de ce noyau vertical. Il apparaît ainsi comme une pièce maitresse de l’articulation des bâtiments et des circulations intérieures.

Coupe sur le Grand Logis et le Grand GouvernementChâteau des Ducs - vue sur le bloc de circulation

Château des Ducs de Bretagne – crédits photographiques Ville de Nantes

Enfin, l’aménagement de l’ascenseur peut également se faire de manière la plus intégrée possible, comme c’est le cas pour le palais de justice de Lyon où l’ascenseur a été intégré au cadre bâti et « effacé » derrière les décors sculptés intérieurs.

Ces quelques exemples nous montrent qu’il existe plusieurs postures possibles concernant l’intégration architecturale et fonctionnelle d’un ascenseur suivant les opportunités présentes dans le bâti. Celui-ci peut ainsi se révéler être un beau levier potentiel de valorisation des caractéristiques patrimoniales de l’édifice (contraste de matériaux, valorisation des volumes intérieurs, …).

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