Les parcours urbains

L’accessibilité des parcours urbains proposés dans les centres villes est une préoccupation phare des villes disposant d’un fort patrimoine historique. En Europe, la cité est devenue aujourd’hui le cadre de vie de la majorité de la population. La mise en valeur de leur centre historique est un enjeu clé car il permet aux villes de renforcer leur identité propre et ainsi leur attractivité potentielle.

Mettre en place un parcours urbain culturel nécessite de prendre en compte une multitude de contraintes (infrastructures, bâtiments, réseaux,…) afin de proposer à tous une meilleure accessibilité aux qualités qu’offre le cadre bâti : témoignages historique, points de vue, perspectives, espaces de rencontre, etc.

Composer avec une contrainte forte : le relief

Proposer une déambulation qualitative dans un site contraint par le relief est un vrai défi pour l’accessibilité. Certains exemples nous démontrent que ce défi peut devenir un véritable levier de valorisation patrimoniale et de cohérence urbaine.

Dans ce sens, l’exemple du Fort Saint-Jean situé à Marseille est un cas intéressant car il présente un site porteur d’un fort dénivelé le rendant inaccessible à certaines personnes à mobilité réduite. En effet, avant les travaux, le fort présentait un cheminement à pente élevée (15%) entre les deux cours, haute et basse, autour duquel il s’organise. Cette dénivellation créait à la fois une rupture dans le parcours mais également une impossibilité pour les personnes en fauteuil de se rendre sur la cour haute et de jouir ainsi du point de vue exceptionnel sur le port de Marseille. Dans le cadre de la création du MuCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), la réhabilitation du fort Saint-Jean en lien avec la construction du bâtiment J4 situé à proximité immédiate ont été l’occasion de repenser à la fois l’accessibilité du parcours et des points du vue mais également la continuité des différents fragments urbains dont est composé ce site. Ainsi, deux passerelles ont été créées :

  • l’une reliant le toit du bâtiment J4 et la cour haute du fort, permettant ainsi de rendre le point de vue accessible à tous;
  • l’autre reliant le fort Saint-Jean au parvis de l’église Saint-Laurent située en face du fort.

La place d’armes (la cour haute) met en lien les deux passerelles et permet ainsi un parcours continu depuis la ville jusqu’au port en passant par le bâtiment J4.
Dans ce cas, la réponse à la problématique d’accessibilité a pu se faire grâce à une vision globale de projet et une réflexion à l’échelle urbaine portée par une large équipe de maîtrise d’œuvre.

Vue aérienne du Fort Saint-JeanVue de la place du Fort Saint-Jean

Fort Saint-Jean de Marseille – crédits photographiques Agence APS – Golem

Dans certains cas où des difficultés de mise en accessibilité totale subsistent, des solutions intermédiaires et transitoires orientées sur la préparation et l’accompagnement de la visite peuvent être également explorées. C’est l’objet de la démarche qui a été mise en place dans le parc de la forteresse maritime de Suomenlinna située en Finlande. Le site présente en effet des difficultés d’accessibilité notamment au niveau des cheminements extérieurs. Ces difficultés sont principalement liées à des fortes dénivellations et des revêtements de sol peu praticables. Un audit visant à améliorer les services et les possibilités de visite a été lancé auprès d’associations de personnes en situation de handicap et d’experts. Cet audit vise à évaluer l’accessibilité du site dans une approche globale de la situation de handicap, en traitant à la fois du handicap moteur, visuel, auditif et cognitif. Le site propose actuellement un cheminement secondaire accessible permettant d’accéder à certains points de vue intéressants. Un service d’aide à la préparation de la visite est également disponible sur le site internet où l’on peut télécharger une carte des différents parcours et des difficultés présentes permettant à chacun de choisir le cheminement adapté à ses capacités.

Vue aérienne de la forteresse de SuomenlinnaPlan de la forteresse de Suomenlinna

Forteresse de Suomenlinna – crédits photographiques ville de Suomenlinna

Enfin, la ville Espagnole d’Avila est une cité défensive entourée de remparts, qui dispose d’un patrimoine important et est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité depuis 1985. Bâtie sur un promontoire rocheux, la ville présentait un certain nombre d’obstacles pour les personnes à mobilité réduite tant sur les nombreux bâtiments classés que sur les espaces publics et notamment les remparts. Dans ce cadre, la municipalité a souhaité apporter une réponse globale et a réfléchi à la mise en place d’outils stratégiques à l’échelle de la ville. Ainsi, la municipalité s’appuie aujourd’hui sur une commission composée de personnes handicapées pour valider toutes les décisions d’aménagements. Plusieurs bâtiments classés ont été aménagés ainsi que les remparts qui sont devenus en partie accessibles grâce à l’installation d’un ascenseur. Des systèmes d’informations visuels et sonores ainsi que des maquettes tactiles pour les personnes malvoyantes ont également été mises en place.

Vue éloignée d'AvilaVue des remparts d'Avila

Avila – crédits photographiques Richard Semik / Age Fotostock

Ces différents exemples nous montre que face à une topographie complexe et contraignante pour les usagers, des solutions innovantes peuvent être apportées, tant en terme d’aménagements urbains, que de services ou encore d’outils stratégiques d’intégration des usagers au processus décisionnel.

Au-delà de cette contrainte particulière des exemples de parcours urbains culturels nous permettent d’explorer une autre approche de l’accessibilité pour tous de l’espace public et des valeurs patrimoniales.

Un parcours Culturel : Mulhouse et Cracovie

Mulhouse propose un exemple d’aménagement urbain intéressant par la création d’un itinéraire culturel touristique : le parcours fil rouge qui se déroule sur 3,8 kilomètres. Ce parcours permettant de découvrir la ville, s’est construit dans une approche transversale de projet : du service au mobilier urbain, en passant par l’intégration du paysage. Au fil de la promenade le fil rouge révèle et valorise les bâtiments patrimoniaux, les équipements culturels, les parcs et les jardins de manière singulière. Le fil rouge tisse un lien entre le passé (le patrimoine, les musées) et le présent (les rues commerçantes et animées du centre-ville, les lieux en mutation).

Dès le départ la ville de Mulhouse a privilégié l’accessibilité pour ne pas la vivre comme une contrainte. On constate des interventions sur le commerce, sur les espaces publics (requalification et scénographies urbaines), sur l’habitat (requalification et aides aux rénovations de façades), sur l’accessibilité et le stationnement (nouvelles tarifications et signalétique). Il permet un cheminement confortable pour tous, notamment les personnes à mobilité réduite.

Parcours "Le fil rouge" à MulhousePlan du parcours du fil rouge à Mulhouse

Parcours Fil rouge de Mulhouse – crédits photographiques Eric Lefebure 

Tout comme Mulhouse, Cracovie a également éffectué des travaux de mise en accessibilité en intervenant sur l’élargissement des circulations, la création de liaisons piétonnes et la mise en place de rampe. De multiples solutions techniques ont participé à l’élaboration d’un réel itinéraire touristique. En effet, les attractions touristiques de Cracovie sont pour la plupart situées à distance de marche dans le quartier médiéval transformé depuis en zone piétonne. En accompagnement, la municipalité met à disposition des cartes de la ville en braille ainsi que des maquettes tactiles installées dans douze endroits au centre de Cracovie. Ces maquettes représentent les monuments majeurs de la ville, notamment la Barbacane, la basilique Notre-Dame, la Halle aux Draps, les églises Saint-André et Saints-Pierre-et-Paul, ainsi que la colline de Wawel. Les maquettes sont dotées de descriptions des monuments en braille (versions polonaise et anglaise) et les socles supportant les maquettes ont été conçus de manière à permettre aux personnes en fauteuil roulant de s’approcher des sculptures le plus près possible.

Vue sur le marché couvertMaquette tactile à Cracovie

L’accessibilité dans le parcours urbain est devenu une priorité, elle passe par l’identification des enjeux d’accessibilité, et particulièrement des différentes situations de handicap afin de faire de la ville un espace attractif, favorisant la proximité, la découverte, la fluidité et l’échange.

Article réalisé dans le cadre d’un atelier pédagogique organisé à l’Ecole de Design de Nantes Atlantique (Janvier 2014). Encadrement : Clémentine Laurent-Polz / Etudiants : Olivier Malgat et Léa Pelotte.