La Casa Encendida

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Présentation générale

La Casa Encendida (La Maison Incandescente) à Madrid illustre la transformation d’une association de bienfaisance en un centre culturel vivant qui développe une action au cœur de la société. Avec sa programmation, elle vise à changer les attitudes, contrer les stéréotypes et à promouvoir les droits humains. Inauguré en 2002 dans un édifice du début du 20ème siècle qui abritait un commerce de prêts sur gage, cet espace activiste est destiné à habiliter des groupes marginalisés de la société, à créer et à diffuser des actions à caractère social. En 2013-14, la Casa a notamment établi une collaboration avec un groupe d’artistes en situation de handicap cognitif qui a abouti à l’exposition Mundo Extreme.

Principales interventions d’accessibilité :

  1. L’imposant escalier principal dans la cour intérieure fut remplacé par un espace d’accueil de plain pied, ouvert sur la rue.
  2. Un nouvel escalier fut construit et un ascenseur fut installé sans compromettre le caractère patrimonial de l’édifice classé.
  3. Des espaces d’exposition munis d’un éclairage permanent permettent le montage rapide d’expositions et de réagir rapidement à des évolutions de la situation sociale.
  4. Les objets d’art exposés dans les escapes partagés avec d’autres organisations mettent l’art à la portée de main de nouveaux publics.
  5. Des ateliers, studios et autres ressources sont à disposition pour encourager la participation à la production culturelle des communautés des quartiers voisins.
  6. La terrasse sur le toit fut transformée en un espace informel et multifonctionnel à l’usage des communautés locales.

Situation géographique :

La Casa est située à Lavapies, un quartier relativement modeste et multiculturel qui touche à l’extrémité sud de la prestigieuse “Promenade de l’Art” de Madrid (fig. 1), le grand axe culturel qui concentre les musées, avec notamment côté nord : le Prado, le Musée Reina Sofía, le Musée Thyssen-Bornemisza et d’autres. Aux marges de ce pôle culturel, l’emplacement de la Casa est favorable à l’accueil des populations défavorisées de Madrid et crée la possibilité de contribuer aux dynamiques de mutation des quartiers du voisinage.

Description des installations :

Le centre culturel occupe l’ancien bâtiment du commerce de prêts sur gage de la plus ancienne caisse d’épargne d’Espagne, qui offrait du crédit social en prestation depuis 1702.

Pour aller plus loin :

Contexte de l’étude :

This case study is one of a three part series exploring inclusive design responses to a common dilemma in heritage museum buildings:

How to bring stories to life in museums’ heritage spaces to engage today’s diverse audiences?

The study extends inclusive design thinking to embrace three nuanced interpretations of social inclusion drawn from the museum world. The case studies of three venerable cultural institutions’ efforts to reinvent themselves demonstrate these aspirations:

  • Showing Fair Representation at the Navigation Pavilion (new tab)
  • Sharing Dialogue at the Ashmolean Museum (new tab)
  • Shaping Society at La Casa Encendida (this case study)

Together they reveal an inclusive symbiosis between storytelling and design strategies. Simply put, storytelling held broad human appeal while designers made stories more comprehensible and meaningful for diverse audiences.

The research portrays the Museum as Storyteller, highlighting socially inclusive opportunities of rescripting museums’ heritage spaces as compelling vehicles for narrative to rival other popular storytelling media forms.

Auteur:

Michelle Moore · School of Architecture · The University of Queensland

This case study is distilled from, and includes extracts of, Moore’s PhD thesis—The Museum as Storyteller: Designing socially inclusive narrative environments. Publication details of the thesis with bibliography will be available at the following link (new tab).

Enjeux du site

Valeur patrimoniale et attractivité

  • La Casa de Empeños (Maison de Prêts à Gage), inaugurée en 1910 en style néo-mozarabe est l’œuvre de l’architecte Fernando Arbós (figs. 2-6).
  • L’édifice est un lieu du patrimoine classé niveau 2 par la Ville de Madrid; son intérêt historique et artistique est considérable.
  • Le centre culturel avait accueilli plus de dix million de visiteurs en quinze ans d’activité en 2017, dont la majorité résident dans les quartiers avoisinants and sont des visiteurs réguliers.
  • La Casa Encendida est lauréate du prix de la conception universelle du comité espagnol d’organisations représentatives de personnes en situation de handicap (CERMI.)

Problèmes d’accessibilité avant travaux

L’accessibilité fut intégrée dans une démarche d’inclusion sociale. Le projet devenait possible par un changement d’idéologie du maître d’œuvre, qui intégra dés le début les enjeux sociaux du projet. Cette approche avait été recommandée par le consultant en gestion culturelle, selon qui l’avenir de la société est repose sur le développement culturel et social, ainsi que sur un engagement pour l’environnement et l’éducation de la jeunesse. Les conditions allaient ainsi être crées pour la production de contenus culturels de haut niveau par les différents usagers du centre.

Stratégie d’intervention

Le consultant en gestion culturelle ii

Alberto Fesser, co-fondateur de La Fabrica, nommé en même temps que les architectes, identifia quatre thèmes qui allaient structurer le cahier de charges et la vie de l’organisation :

  • la culture
  • la solidarité
  • l’environnement
  • l’éducation

Les valeurs morales correspondantes furent décrites dans un dictionnaire de l’usage de la Casa Encendida. Y figurent les micro-récits illustrés d’une centaine d’usagers potentiels. La Casa serait un lieu de rencontre pour divers publics dont l’interprétation des quatre thèmes peut diverger.

L’architecte iii

L’architecte ne tentait aucunement à imposer sa vision et pour les acteurs du projet, la collaboration était exemplaire dès la phase initiale. Manzano adopta une approche respectueuse du bâtiment classé, tout en transformant La Casa en un environnement adaptable et polyvalent (figs. 7, 8), qualités que l’architecte attribuait au lieu.

La Direction iv

Jose Guirao, le directeur et fondateur de La Casa a mis en place la collaboration transverses des équipes, avec des organisations culturelles et sociales, des groupes et des individus, ainsi que des échanges entre artistes actifs dans des milieux divers.

Les espaces sont non-hiérarchiques. Du temps et des ressources sont consacrés au démantèlement des barrières entre art et culture populaire, entre artistes “célèbres” et “émergeants”.

The Exhibition Designer vi

Sculptor Álvaro Matxinbarrena’s exhibition design for Mundo Extreme sought to distance the ‘Outsider Artworks’ from a “false accessibility”, explained as follows:

The design anticipates that many visitors will bring prejudiced attitudes towards people with intellectual disabilities, subconsciously looking down upon them as pobres chicos (poor unfortunates) and expecting to see artworks that are child-like and easy to intellectually access and understand. The glassless cabinets of the sculpture gallery and exaggerated deep frames of the drawings gallery will create a “room” for each piece, reinforcing its intimacy while warning the visitor to “Stop and reconsider—you can view this piece, admire it or study it, but it is not of your world”.

By setting up an invisible barrier to the spectator, augmented by a deliberately sober colour palette (figs 10 and 11), Matxinbarrena hoped to provoke visitors’ self-reflection, forcing them to re-examine any mistaken assumption that these artists and their works lacked depth and complexity.

Projet

L’ancienne Casa de Empeños

La transformation de la Casa de Empeños exigeait le revirement d’une idéologie ancrée dans la bienfaisance à une approche destinée à outiller les communautés défavorisées du nord de Madrid pour qu’elle deviennent elles-mêmes acteurs culturels (fig. 1). L’intervention architecturale restait toutefois minimale et respectueuse des qualités patrimoniales du lieu (figs. 2-4).

Fig. 1. La Casa Encendida: plan du principal axe culturel de Madrid’, la “Promenade de l’Art.

Fig. 1. La Casa Encendida: plan du principal axe culturel de Madrid’, la “Promenade de l’Art.


Fig. 2 (à gauche). Casa de Empeños avant la transformation : la façade du bâtiment désaffecté. Fig. 3 (à droite). Casa de Empeños avant la transformation : dégradation de la cour centrale

Fig. 2 (à gauche). Casa de Empeños avant la transformation : la façade du bâtiment désaffecté. Fig. 3 (à droite). Casa de Empeños avant la transformation : dégradation de la cour centrale Fig. 3 (right). Casa de Empeños pre-transformation: the open central patio in a derelict state.


Fig. 4. Casa de Empeños avant la transformation : plan du rez-de-chaussée (2001).

Fig. 4. Casa de Empeños avant la transformation : plan du rez-de-chaussée (2001).

La Casa Encendida transformée

Le réaménagement des espaces et les stratégies d’exposition visent la création d’un espace activiste destiné à accueillir des activités à finalité sociale.

Fig. 5. La Casa Encendida: plans des étages, coupes et projet de transformation (2002).

Fig. 5. La Casa Encendida: plans des étages, coupes et projet de transformation (2002).


Fig. 6. La Casa Encendida et sa façade en style néo-mozarabe : l’accueil donne sur la rue et relie celle-ci à la cour intérieure.

Fig. 6. La Casa Encendida et sa façade en style néo-mozarabe : l’accueil donne sur la rue et relie celle-ci à la cour intérieure.

Accueil de plain pied ouvert sur la rue

L’espace d’accueil de plain pied remplace l’imposant escalier. Les locaux de stockage situés dans la cour intérieure furent démolis pour faire place à nouvel escalier et à l’ascenseur, sans compromettre le bâtiment classé (fig. 6).

La cour intérieure, un espace multifonctionnel

La cour intérieure, haute de quatre étages, fut couverte par une verrière (fig. 5). Conçue d’abord comme espace de circulation, l’installation de panneaux acoustiques, de persiennes et d’un éclairage électrique l’a transformée en espace d’expositions, de concerts et d’autres évènements. Un nouveau sous-sol fut créé sous la cour, abritant un cinéma de 60 places et un auditorium de 200 places (fig. 5).

Fig. 7. La Casa Encendida après travaux: un escape d’exposition neutre et flexible, où les expositions peuvent être montées rapidement.

Fig. 7. La Casa Encendida après travaux: un escape d’exposition neutre et flexible, où les expositions peuvent être montées rapidement.

Expositions temporaires

Des salles d’exposition ont été aménagées dans les anciens espaces de vente aux enchères et de dépôts, et ont été conçues pour être réactives à l’évolution de la situation sociale. Les ouvertures externes furent comblées et l’éclairage artificiel installé. (fig. 7).

Fig. 8. La Casa Encendida après travaux: “Banc de 100 mètres” de l'expo El Último Grito dans la cour centrale.

Fig. 8. La Casa Encendida après travaux: “Banc de 100 mètres” de l’expo El Último Grito dans la cour centrale.

Art dans les espaces partagés

Les espaces partagés avec d’autres infrastructures (café, magasin de commerce équitable, espace IT) accueillent des expositions temporaires d’art en dialogue avec le lieu pour des artistes émergeants et mettent l’art à la portée de tous (fig. 8).

Fig. 9. La Casa Encendida après travaux : l’artiste en résidence Pablo Genovés (à gauche) avec José Manuel Egea (à droite), participant à l'atelier Debajo del Sombrero.

Fig. 9. La Casa Encendida après travaux : l’artiste en résidence Pablo Genovés (à gauche) avec José Manuel Egea (à droite), participant à l’atelier Debajo del Sombrero.

Des ateliers pour inviter les usagers à créer un contenu culturel

Aux étages supérieurs, les anciennes résidences pour employés de banque furent remplacées par une variété d’ateliers et de ressources à usage public : studios d’art et de photo, médiathèque, espaces technologies (fig. 5).

La toiture terrasse, un espace partagé de plein air

Deux petits escapes d’exposition furent crées dans les tours ornementales auxquelles on accède par le terrasse du toit (fig. 5). La terrasse est un espace multifonctionnel qui accueille des projets de jardinage durable, des projections de films en plein air et des expositions. C’est aussi un lieu de détente.

Mundo Extreme – un projet pour relier artistes connus et artistes de “l’art brut”

L’exposition Mundo Extreme créée en 2013-14 illustre la vie du centre culturel, son occupation, ses stratégies d’exposition et la plasticité de l’usage de ses espaces. Mundo Extreme est le fruit d’une collaboration avec Debajo del Sombrero (Sous le Chapeau), un groupe d’artistes de “l’art brut”.

Lola Barrera et Luis Sáez, responsables de la programmation du Debajo del Sombrero insistent sur le fait que leur approche n’est ni de l’art thérapie, ni de l’accessibilité au sens restreint du terme. L’accent est plutôt mis sur la riche contribution que font les personnes en situation de handicap cognitif aux arts visuels.

La Casa a mit à disposition des ateliers, des fonds et des ressources et organisa des interactions entre le groupe et des artistes reconnus (fig. 9).

Fig. 10. L’exposition “Mundo Extreme’” : galerie des dessins.

Fig. 10. L’exposition “Mundo Extreme’” : galerie des dessins.


Fig. 11. L’exposition “Mundo Extreme’” : galerie des sculptures.

Fig. 11. L’exposition “Mundo Extreme’” : galerie des sculptures.

La scénographie sobre et percutante du sculpteur Álvaro Matxinbarrena est une provocation qui mime les scénographies et vitrines traditionnelles et anticipe les préjugés inconscients d’une partie du public qui s’imagine que les œuvres de personnes en situation de handicap cognitif sont enfantines et sont faciles à comprendre. Les vitrines dépourvues de vitrage et leurs cadres exagérément profonds renforcent l’intimité des œuvres et mettent en garde le visiteur “Arrête-toi et regarde. Tu peux admirer et étudier cet objet, mais il est irréductible à ce que tu connais” (figs 10 and 11).

Acteurs et processus de projet

Acteurs

  • Maître d’œuvre : Fundación Montemadrid
  • Consultant en gestion culturelle : La Fabrica
  • Architecte : Carlos Manzano Architects

Processus de projet

A la fin du 20ème siècle, la Casa de Empeños est un édifice laissé à l’abandon. La mairie envisageait de le confisquer. La stratégie de revitalisation de la future Casa Encendida permit que l’édifice reste dans les maisons du propriétaire.

Le consultant en gestion culturelle, La Fabrica, étudia les objectifs du client, l’édifice et son environnement, sa place dans la ville, l’approche de l’architecte. Ont également contribué à l’élaboration du projet : sociologues, professeurs à l’université, représentants d’associations, groupes d’immigrées, institutions culturelles et usagers potentiels.