Le musée Ashmolean

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Présentation générale

Le Ashmolean Museum d’art et d’archéologie situé à Oxford illustre la transformation d’un “musée-temple” du patrimoine en un en “forum » dialogique contemporain. La rénovation, l’extension et la nouvelle scénographie soulignent ensemble la continuité des échanges inter-culturels, caractéristiques des sociétés multiculturelles d’aujourd’hui, au fil de l’histoire. Derrière l’imposante façade néo-classique datant du 19e siècle, le musée transformé accueille depuis 2009 la nouvelle exposition permanente Crossing Cultures, Crossing Time (qui peut se traduire par A la croisée des cultures, à la croisée des temps). Cet espace discursif a eu pour effet de décloisonner les collections existantes et leurs espaces, afin de laisser se déployer le récit des liens commerciaux entretenus entre pays et continents.

Principales interventions d’accessibilité :

  1. Installation d’une rampe dans la cour avant pour lever les barrières physiques, et une nouvelle porte d’entrée vitrée à double hauteur afin d’atténuer des barrières psychologiques suscitées par l’imposante porte d’entrée située sur le palier de l’escalier sous un portique aux allures de temple (fig. 1).
  2. La ré-écriture dialogique des contenus des expositions permanentes avec comme récit transversal le thème Crossing Cultures, Crossing Time. Celle-ci visait l’élargissement des publics du musée et la promotion d’une société multi-culturelle plus tolérante.
  3. La reconfiguration des escapes et la scénographie renforcent cette narration et invitent une découverte qui révèle du lien qui a toujours existé entre différentes cultures et époques.
  4. La conception des expositions et des atmospheres vise à favoriser la participation intellectuelle et émotionnelle du visiteur au dialogue que conduisent les objets.
  5. Une dispositif spécifique fut conçu pour optimiser l’intelligibilité des objets, avec une charte graphique unifiée, des cartes, des chronologies et des mises en contexte narratives.

Situation géographique :

Au milieu du 19 siècle, le musée Ashmolean déménagea de la Broad Street à Oxford, où il avait ouvert en 1683, à son site actuel dans la Beaumont Street (fig. 2). Cette structure architecturale remarquable s’inscrit dans la continuité du centre historique de la ville universitaire.

Description des installations :

Le musée Ashmolean est le premier musée au monde à avoir été spécialement conçu pour abriter des collections universitaires. La décision controversée fut prise d’ouvrir les portes du musée au grand public en 1683. La double identité “town and gown” du musée (qui met en tension la ville des citadins et la communauté académique, appelée “gown” ou “toge”) demeure visible aujourd’hui. Les transformations du Ashmolean avaient pour but d’améliorer l’efficacité de l’accueil de nouveaux publics ainsi que sa fonction de collection au service de l’enseignement académique de l’Université d’Oxford.

Pour aller plus loin :

Contexte de l’étude :

This case study is one of a three part series exploring inclusive design responses to a common dilemma in heritage museum buildings:

How to bring stories to life in museums’ heritage spaces to engage today’s diverse audiences?

The study extends inclusive design thinking to embrace three nuanced interpretations of social inclusion drawn from the museum world. The case studies of three venerable cultural institutions’ efforts to reinvent themselves demonstrate these aspirations:

  • Showing Fair Representation at the Navigation Pavilion (new tab)
  • Sharing Dialogue at the Ashmolean Museum (this case study)
  • Shaping Society at La Casa Encendida (new tab)

Together they reveal an inclusive symbiosis between storytelling and design strategies. Simply put, storytelling held broad human appeal while designers made stories more comprehensible and meaningful for diverse audiences.

The research portrays the Museum as Storyteller, highlighting socially inclusive opportunities of rescripting museums’ heritage spaces as compelling vehicles for narrative to rival other popular storytelling media forms.

Auteurs:

Michelle Moore · School of Architecture · The University of Queensland

This case study is distilled from, and includes extracts of, Moore’s PhD thesis—The Museum as Storyteller: Designing socially inclusive narrative environments. Publication details of the thesis with bibliography will soon be available at the following link (new tab)

Photo credits:

Enjeux du site

Valeur patrimoniale et attractivité

  • Le musée fait partie intégrante du paysage urbain historique d’Oxford.
  • Sa façade néo-classique et les espaces intérieurs sont considérés comme un chef d’œuvre de l’architecte Charles Robert Cockerell.
  • L’importance internationale de l’institution et de ses collections, ainsi que leur remarquable continuité, sont reconnues.
  • Le musée est classé “Grade-I protected building of exceptional interest”, un site d’intérêt national exceptionnel et se situe dans la zone de conservation urbaine du centre (ville et université).
  • Le musée transformé fut présélectionné pour le RIBA (Royal Institute of British Architects) Stirling Prize de 2010 et avait la faveur du public.
  • Sa fréquentation a augmenté de 300 000 à près de un million de visiteurs par an. A noter également, une forte augmentation des visites scolaires et de familles des quartiers défavorisés a eu lieu.

Problèmes d’accessibilité avant travaux

Le bâtiment de Cockerell et son extension donnent une expression matérielle au paradoxe de son contexte social. D’un côté, ce musée universitaire fonctionne comme lieu d’enseignement de la plus vieille université du monde anglo-saxon. De l’autre côté, il est situé dans une des villes les plus multi-éthniques et socialement fracturées du Royaume-Uni. Pour l’équipe du projet, les défis présentés par la volonté de créer un lieu plus inclusif se posaient dès l’approche du musée :

  • Le “musée-temple” de Cockerell qui confère une aura sacrée aux savoirs laïques, était perçu comme intimidant pour de nombreux publics d’Oxford. Il dégageait l’impression d’être exclusivement un lieu pour universitaires.
  • Les collections se devaient d’être présentées autrement que par le passé et parler aux divers milieux socio-culturels d’Oxford, y compris aux publics défavorisés.

Priorité fut donnée à la concertation avec une diversité de publics d’Oxford. Cependant, l’usage universitaire des collections, qui avait subi une baisse, se devait d’être revitalisé. Les exigences étaient donc complexes; le musée se devait d’être au service des ses deux publics.

Stratégie d’intervention

L’équipe du projet adopta une approche narrative et des stratégies de design qui visaient une plus grande inclusion sociale.

Le Directeur

Dr Christopher Brown, directeur du musée émit le constat du manque de porosité entre les cinq collections du musée (fig. 3) – art occidental; art oriental; antiquités; cabinet des monnaies et moulages. Celles-ci soulignaient les différences entre cultures plutôt les échanges entre elles. Les objets exposés restaient souvent inintelligibles aux visiteurs non-spécialistes.

Une nouvelle idée directrice fut adoptée : les civilisations se développent en contact et en échanges mutuels entres elles. Elle ouvrait la possibilité de tisser des liens narratifs pertinents entre les collections.

Le Conservateur

Selon Dr Susan Walker, la conservatrice des antiquités, il avait d’abord été envisagé d’exposer chronologiquement les objets et de suivre par la une conception d’expositions plus typique du 19ème siècle, celle du récit du progrès évolutif. La scénographie aurait alors présenté le musée comme un lieu de fouille archéologique, avec les objets les plus anciens en bas et les plus récents en haut. Le directeur insista sur la nécessité d’une nouvelle approche. De longues discussions suivirent, impliquant les conservateurs et d’autres acteurs, pour aboutir au concept du métarécit avec pour thème de Crossing Cultures, Crossing Time. Des objets qui portent les traces d’un transfert d’idées et d’influences au fil des siècles et d’un continent à l’autre allaient être mobilisés, et les récits qu’ils racontent, s’éclairer l’un l’autre.

L’Architecte iv

Une nouvelle porte d’entrée vitrée fut installée pour inviter les visiteurs à franchir le palier du musée, ainsi qu’un café et un magasin. Un soin particulier fut accordé à l’hospitalité du lieu.

L’architecte Stuart Cade comprit que l’approche narrative adoptée pouvait fonctionner comme une porte d’accès aux collections et que la conception des espaces pouvait y contribuer. Ainsi, la stratégie de circulation tri-dimensionnelle conçue par les architectes (figs. 4-7) brisa les conventions, notamment en y insérant des récits ponctuels. L’espace et l’éclairage furent modelés, des points de vue surgissent à l’improviste, suscitent surprise, soulagement ou le ralentissement des pas.

Plutôt que de canaliser le flux des visiteurs le long d’un parcours unique, les possibilités de s’en écarter furent multipliées, sans pour autant perdre le fil du métarécit.

Les muséographesv

L’approche que les directeurs de Metaphor adoptèrent pour la narration socialement inclusive de Crossing Cultures, Crossing Time est nuancée. L’architecte et muséographe Stephen Greenberg chercha à affirmer “notre humanité partagée” et l’écrivaine Rachel Morris à renforcer le sens de l’identité des visiteurs.

  • La parcours de visite, conçu comme un voyage autour du monde, est élaboré par les visiteurs eux-mêmes (fig. 4).
  • Le design souligne les liens spatiaux et la perméabilité des espaces (fig. 8) et la connectivité entre cultures.
  • La hiérarchie de récit fut mise au point unifie les récits ponctuels.
  • Un dispositif fut conçu spécialement pour le lieu, avec charte graphique, cartes, chronologies et approche narrative (fig. 9).
  • Des ambiances particulières susceptibles d’évoquer des significations culturelles et d’activer la force émotionnelle des objets furent recherchées dans le choix d’une variété de couleurs pour peindre les murs (fig. 9).

Project

Le vieil Ashmolean

Au tournant du 21ème siècle, le portique aux allures de temple et les galeries étaient encore considérés comme intouchables (fig. 1). En 2003, un grand chantier comportant une vingtaine de phases de travaux consigna certaines parties de l’édifice à la démolition (fig. 2), et remplaça l’exposition permanente, désuète et inintelligible pour de nombreux visiteurs, par une nouvelle exposition (fig. 3).

Fig. 1. Le musée Ashmolean avant les travaux : la cour avant et, sous le portique en haut des escaliers, l’entrée principale avec son entrée peu accueillante et sa porte monumentale en partie scellée.

Fig. 1. Le musée Ashmolean avant les travaux : la cour avant et, sous le portique en haut des escaliers, l’entrée principale avec son entrée peu accueillante et sa porte monumentale en partie scellée.


Fig. 2. Le musée Ashmolean avant les travaux : vue aérienne du musée et de son environnement (en haut)), et un plan du site (en bas), illustrant le bâtiment de Cockerell à être conservé (en rose) et des structures non classées, démolissables (en jaune) pour faire place à une extension moderne (2003).

Fig. 2. Le musée Ashmolean avant les travaux : vue aérienne du musée et de son environnement (en haut)), et un plan du site (en bas), illustrant le bâtiment de Cockerell à être conservé (en rose) et des structures non classées, démolissables (en jaune) pour faire place à une extension moderne (2003).


Fig. 3. Ashmolean Museum pre-transformation: Old Ground Floor Plan showing some of the old exhibition’s design issues (2003).

Fig. 3. Le musée Ashmolean avant les travaux : plan du rez-de-chaussée, recensant quelques problèmes de design (2003).

Transformation du musée Ashmolean

Les plans du musée transformé ci-dessous (fig. 4) illustrent comment la reconfiguration spatiale a renforcé le nouveau récit Crossing Cultures, Crossing Time. La stratégie narrative poursuivait un double objectif d’inclusion sociale: attractivité pour de nouveaux publics et promotion d’une société tolérante.

Fig. 4. Le musée transformé : coupes et plan du rez-de-chaussée pour la transformation du musée (2009).

Fig. 4. Le musée transformé : coupes et plan du rez-de-chaussée pour la transformation du musée (2009).

Parcours au choix, sur fond d’associations inter-culturelles

Dans la nouvelle exposition, un parcours évolutif traditionnel peut encore être perçu dans la séquence chronologique des trente-neuf galeries, qui commence au rez-de-chaussée avec la galerie de l’antiquité et aboutissant au troisième étage à la galerie de l’art européen depuis 1800 (fig. 4). Cependant, la reconfiguration spatiale et la conception des expositions collaborent à rompre cette lecture évolutive. Il n’est pas demandé au visiteur de suivre un parcours chronologique préétabli. La communication entre les espaces offre des choix de parcours singuliers, qui favorisent des associations inattendues croisant cultures et époques.

Fig. 5. Le musée Ashmolean : plan du nouveau rez-de-chaussée (2009).

Fig. 5. Le musée Ashmolean : plan du nouveau rez-de-chaussée (2009).


Fig. 6. Le musée Ashmolean : l’une des maquettes : coupe avec l’axe de l’entrée principale et de l’atrium.

Fig. 6. Le musée Ashmolean : l’une des maquettes : coupe avec l’axe de l’entrée principale et de l’atrium.

La circulation renforce le récit narratif

La stratégie spatiale du musée est simple sur l’horizontale et complexe en section. Elle s’articule autour d’un diagramme de circulation tridimensionnelle et non-linéaire.

Les architectes ont ajouté au concept des trois axes de circulation horizontale un quatrième axe à l’arrière. Les axes forment une configuration de circulation carrée qui traverse les galeries du bâtiment historique et les relie (fig. 5). Les angles du carré marquent les quatre principaux points de croisement des axes, dont le premier est visible à l’entrée principale.

La coupe du bâtiment est bien apparente le long du quatrième axe à l’arrière (est-ouest) qui relie en séquence trois nouveaux atriums. Cet arrangement intriqué de galeries à hauteur simple et double, d’escaliers, d’ascenseurs et de passerelles autour de l’atrium principal rend plus facile la circulation des visiteurs d’une galerie à l’autre et d’un étage à l’autre (fig. 6). De fait, la déambulation du visiteur et ses propres pratiques d’exploration renforcent le récit au thème de Crossing Cultures, Crossing Time.

Fig. 7. Le musée Ashmolean après les travaux : vue du nouvel atrium principal et des escaliers.

Fig. 7. Le musée Ashmolean après les travaux : vue du nouvel atrium principal et des escaliers.

L’atrium principal – orientation et invitation à la visite

L’atrium principal fonctionne comme un espace d’orientation qui attire les visiteurs. Il est situé stratégiquement et inondé de lumière naturelle depuis une verrière. Dans l’atrium, les pas et des voix résonnent (fig. 7 et vue générale au-dessus). Des volées d’escaliers à l’arrière, et des ouvertures soigneusement conçues dans les murs offrent des vues panoptiques sur de nombreuses galeries et vers les étages au visiteur en déambulation. Percevant à l’avance les nouvelles options d’itinéraires, les visiteurs se déplacent sans difficulté d’une galerie à l’autre.

Fig. 8. Le musée Ashmolean après les travaux : vue à travers une vitrine double face encastrée dans un mur qui invite des associations interculturelles entre les contenus des différentes galeries.

Fig. 8. Le musée Ashmolean après les travaux : vue à travers une vitrine double face encastrée dans un mur qui invite des associations interculturelles entre les contenus des différentes galeries.


Fig. 9. Le musée Ashmolean après les travaux : exemple de panneau d’interprétation en nouveau style maison avec carte, chronologie, dessins, récit de mise en contexte.

Fig. 9. Le musée Ashmolean après les travaux : exemple de panneau d’interprétation en nouveau style maison avec carte, chronologie, dessins, récit de mise en contexte.

Un voyage autour du monde, à la découverte des significations plurielles des objets

Les concepteurs d’exposition ont créé plusieurs parcours de découverte à travers les galeries et les atriums, avec l’idée que chaque visite se déroule comme un voyage autour du monde. De fait, les visiteurs, les objets et les récits qu’ils racontent sont en dialogue constant. Dans les galeries d’orientation autour de l’atrium principal, le visiteur rencontre des objets sélectionnés pour refléter plusieurs influences culturelles. Les vitrines double-face encastrées dans les murs de partition invitent à explorer les objets depuis deux ou plusieurs galeries, selon différentes perspectives (fig. 8). Elles font office de fenêtres entre les galeries dont elles juxtaposent les contenus. En créant de multiples possibilités de rencontrer et d’associer des objets, la conception intégrée des expositions invite à une découverte polysémique aux significations plurielles selon différentes cultures. De grandes cartes, des chronologies et le récit de mise en contexte intensifient les associations intellectuelles, tandis que les variations dans l’usage des couleurs crée des effets d’ambiance susceptibles d’activer la puissance émotionnelle des objets (fig. 9).

Acteurs et processus de projet

Acteurs

  • Maître d’œuvre :  L’université d’Oxford
  • Architecte : Rick Mather Architectes
  • Muséographe :  Metaphor

Processus de projet

Le Ashmolean était à l’origine un cabinet de curiosités dont les collections furent ultérieurement réaménagées selon des catégories géographiques et historiques. Lorsque le Dr Christopher Brown devint directeur en 1998, cette exposition désuète lui semblait “organisée selon le principe d’un grenier auquel vous montez pour vous encoubler au milieu d’une grande quantité d’objets”. En réalisant que la visite était éprouvante pour de nombreux visiteurs il commença à envisager ainsi l’idée d’un musée transformé avec des collections permanentes à la fois mises en valeur et attractives au grand public.

Plusieurs instances externes impactèrent sur le projet. La conservation du patrimoine exigea que le bâtiment original de Cockerell soit conservé et que l’extension ne soit pas visible depuis la rue. Le fond national du patrimoine HLF (Heritage Lottery Fund) conditionna son soutien financier à un engagement pour une accessibilité et une inclusion sociale plus grandes.

Le projet a fait l’objet d’une concertation large, qui comprenait les membres du conseil directeur du musée, les conservateurs, les experts de l’université, les visiteurs et différentes communautés d’Oxford. Ce processus consultatif a cimenté la cohérence du projet et a eu un impact sur le degré élevé de satisfaction des visiteurs.