Le Pavillon de la Navigation

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Présentation générale

Le Pavillon de la Navigation illustre la transformation d’un “grand récit” de la navigation démodé en un escape théâtral et de “représentation équitable” donnant droit de cité aux récits de communs voyageurs d’ordinaire exclus des récits muséographiques de l’histoire maritime de l’Espagne impériale. Ré-ouvert en 2012, le musée de la navigation présente la nouvelle exposition permanente Un pont vers l’Amérique, dans l’édifice patrimonial réaménagé du Pavillon de la Navigation construit pour l’Exposition Universelle de Séville en 1992.

Principal access interventions :

  1. La nouvelle rampe extérieure et les ascenseurs à l’intérieur sont intégrés dans le parcours de visite.
  2. La nouvelle narration Bridge to America présente les histoires d’émigrants et de marins.
  3. L’environnement immersif et théâtral convie le visiteur à devenir acteur d’événements historiques.
  4. L’offre interactive et multi-sensorielle rend vivantes les histoires intangibles mises en scène pour divers publics.
  5. Les vues sur le fleuve Guadalquivir et le port historique de Séville, bloquées lors de l’Expo ’92 furent restituées pour une mise en contexte.

Situation géographique :

Le musée se trouve sur site de l’Expo ’92 à Séville sur l’ile artificielle de Cartujia.

Description de l’installation :

Le Pavillon de la Navigation de l’Expo ’92 était conçu à la fois comme un pavillon d’exposition pour l’Exposition Universelle et comme futur musée. Le nouveau musée combine de manière dynamique l’aspect divertissant de l’Expo ’92 et une approche plus pédagogique. L’expérience de la visite interroge les idées reçues sur ce qui constitue un musée.

Pour aller plus loin :

Contexte de l’étude :

This case study is one of a three part series exploring inclusive design responses to a common dilemma in heritage museum buildings:

How to bring stories to life in museums’ heritage spaces to engage today’s diverse audiences?

The study extends inclusive design thinking to embrace three nuanced interpretations of social inclusion drawn from the museum world. The case studies of three venerable cultural institutions’ efforts to reinvent themselves demonstrate these aspirations:

  • Showing Fair Representation at the Navigation Pavilion (this case study)
  • Sharing Dialogue at the Ashmolean Museum (new tab)
  • Shaping Society at La Casa Encendida (new tab)

Together they reveal an inclusive symbiosis between storytelling and design strategies. Simply put, storytelling held broad human appeal while designers made stories more comprehensible and meaningful for diverse audiences.

The research portrays the Museum as Storyteller, highlighting socially inclusive opportunities of rescripting museums’ heritage spaces as compelling vehicles for narrative to rival other popular storytelling media forms.

Auteur :

Michelle Moore · School of Architecture · The University of Queensland

This case study is distilled from, and includes extracts of, Moore’s PhD thesis—The Museum as Storyteller: Designing socially inclusive narrative environments. Publication details of the thesis with bibliography will soon be available at the following link (new tab)

Enjeux du site

Valeur patrimoniale et attractivité

  • Avec 2 millions de visiteurs, le Pavillon de la Navigation était le pavillon le plus visité de l’Exposition de 1992, et fut nommé meilleur pavillon.
  • L’édifice fut classé en 2009 par le gouvernement andalou
  • Le musée présente le patrimoine maritime intangible de la Séville, port de l’Amérique, au 16ème et 17ème siècles.

Problèmes d’accessibilité avant travauxi

La création d’un nouveau récit sous-tend les travaux de reconversion du pavillon de l’exposition de 1992 en musée. Alors que l’exposition de 1992 avait pour thème The Age of Discovery (L’âge de la découverte) présenta l’histoire maritime impériale selon un parcours linéaire, le nouveau récit Bridge to America présente les expériences de personnes ordinaires, un approche qui souleva de nouveaux défis de conception pour tous. Les grandes figures de l’épopée maritime Colomb et Magellan et leurs sponsors, les rois d’Espagne, ne figurent pas dans le récit, qui présente une variété de figures, dont un capitaine âgé qui a des doutes quant au devoir d’obéissance au roi, des marins qui se querellent pour avoir chacun leur part des rations et une femme marin déguisée en homme.

Il n’existait pas de collections pour illustrer ces histoires plurielles, les politiques d’acquisition des musées s’étant focalisé sur des personnages illustres. De ce fait, les récits furent conçus indépendamment des objets. Pour rendre vivantes ces histoires négligées par la muséographie, l’élaboration d’approches alternatives constitua l’un des principaux défis de design inclusif.

Stratégie d’intervention

L’architecte ii

L’architecte du Pavillon de l’exposition de 1992, Guillermo Vazquez Consuegra, aménagea des mises en contexte immersives :

  • les ouvertes du Pavillon qui donnaient sur le fleuve et l’ancien port bloqués lors de l’exposition de 1992 furent restituées (fig. 1).
  • la forme courbe du Pavillon fit écho aux formes des docks historiques, désormais disparus (fig. 2).
  • la paroi intérieure en panneaux de bois, voutée et atmosphérique suggère la coque renversée d’un navire, qui est sa position lors de réparations (vue générale).

Le concepteur de textes iii

Les portraits littéraires de la vie en mer dressés par l’historien Pablo Pérez-Mallaína révélèrent la face humaine de l’histoire maritime. Il s’appuie sur des documents des Archives des Indes à Séville. Les histoires, entraînantes et racontées avec une touche d’humour avaient pour objectifs de :

  • présenter des identités à la périphérie de l’histoire officielle.
  • rendre accessible l’histoire à tous.
  • d’associer plaisir et acquisition de connaissances.

Le concepteur d’exposition iv

L’architecte-scénographe Boris Micka conçut un voyage dynamique et participatif lors duquel les visiteurs peuvent eux-mêmes imiter les défis de la vie en mer (figs. 4-8). Les principes du design “Intellectual Ergonomics” furent appliqués, avec pour valeurs :

  • l’harmonie: instauration d’un accord entre l’architecture et les expositions; “harmonie des échelles et du message” avec des reproductions grandeur nature et des modes d’activation des objets interactifs standards et simples.
  • la véracité : signifiant “véracité de l’information” et “véracité du ressenti” pour assurer la cohérence entre les expériences visuelles, tactiles, auditives et olfactives des visiteurs.
  • l’ergonomie : signifie l’adoption des principes de la conception universelle concernant le bien-être, le confort et l’interaction simple dans les dispositifs interactifs.

Ces principes mettent l’accent sur l’expérience du visiteur.

Le Coordinateur du Musée v

Pour le coordinateur du musée, Javier Sanchidrián, les nouveaux récits de la vie en mer ont transformé le Pavillon et l’ont rendu plus inclusif :

  • Le caractère pluriel des récits reflète la diversité de la société.
  • Les récits en première personne de personnages ayant réellement existé stimulent l’empathie des visiteurs.

L’histoire devient ainsi plus accessible que dans les livres, un peu comme au cinéma où les spectateurs entrent dans la peau des personnages et s’imprègnent de leur courage, peurs, dévotion, loyauté et volonté de survivre.

Project

Le Pavillon de la Navigation lors de l’Expo’92

Le Pavillon de l’Expo ’92 et la conception de la nouvelle exposition se trouvaient en tension. Les espaces d’exposition bloquèrent la vue sur le fleuve et le port (figs. 1 and 2) et l’exposition imposait un parcours “introverti” qui privilégia des dispositifs multimédia dans des espaces peu éclairés (fig. 3).

Fig. 1. Le Pavillon de la Navigation lors de l’Expo ’92 situé sur l’île de Cartuja, son emplacement au bord du fleuve, non loin du centre historique.

Fig. 1. Le Pavillon de la Navigation lors de l’Expo ’92 situé sur l’île de Cartuja, son emplacement au bord du fleuve, non loin du centre historique.


Fig. 2. Vue aérienne du Pavillon de la Navigation lors de l’Expo ’92 jouxtant le fleuve et montrant sa forme courbe qui rappelle les anciens docks.

Fig. 2. Vue aérienne du Pavillon de la Navigation lors de l’Expo ’92 jouxtant le fleuve et montrant sa forme courbe qui rappelle les anciens docks.


Fig. 3. Le Pavillon de la Navigation lors de l’Expo ’92 : plan de l’étage intermédiaire (1992), illustrant le manque d’harmonie entre l’architecture du pavillon et la conception de l’exposition.

Fig. 3. Le Pavillon de la Navigation lors de l’Expo ’92 : plan de l’étage intermédiaire (1992), illustrant le manque d’harmonie entre l’architecture du pavillon et la conception de l’exposition.

Le Pavillon de la Navigation transformé

Le parcours dans le pavillon transformé de 2011 ci-dessous illustre comment l’équipe du projet exploita les qualités patrimoniales du bâtiment pour la mise en scène du nouveau méta-récit inclusif Bridge to America.

Fig. 4. Navigation Pavilion: New Sections and Exhibition Design Layout for the Pavilion’s transformation (2011).

Fig. 4. Le Pavillon de la Navigation: coupes et scénographie du pavillon transformé 2011).

Le Vaisseau : un espace narratif intégré

Quatre expositions ont été aménagées dans l’espace continu de l’étage supérieur du Pavillon (fig. 4). Le visiteur se sent immergé dans une vaste coque en bois; le design relie les récits de la vie en mer présentés dans l’exposition avec leur contexte spatial. Le haut degré d’intégration spatiale confère une identité distincte à chacune des expositions et prête images, couleurs, lumière et son à l’ambiance d’ensemble, théâtrale.

Fig. 5. Le Pavillon de la Navigation après les travaux: vue sur la zone d’exposition 1 - Un océan d’âmes (Sea of Souls) - l’espace intérieur suggère une coque de navire renversée. Depuis le pont en bois, s’éprouvent une mer de lumières LED, des dispositifs interactifs et des écrans de projection.

Fig. 5. Le Pavillon de la Navigation après les travaux: vue sur la zone d’exposition 1 – Un océan d’âmes (Sea of Souls) – l’espace intérieur suggère une coque de navire renversée. Depuis le pont en bois, s’éprouvent une mer de lumières LED, des dispositifs interactifs et des écrans de projection.

Zone 1, « Un Océan d’âmes » : voyage multi-sensoriel

Lorsque les visiteurs arrivent à l’étage supérieur depuis l’espace d’accueil du rez-de-chaussée, leurs yeux se sont ajustés à la pénombre pour se trouver soudain transportés vers la mer – une mer de lumières LED – qui frémit sous un ciel de tempête projeté contre un écran. S’y croyant presque, ils accèdent sur un pont en bois et s’embarquent dans une croisière transatlantique. Se faufilant à travers cet Océan d’Âmes, les visiteurs interagissent avec des “accessoires” maritimes qui déclenchent des court-métrages, qui mettent en scène des voyageurs d’antan grandeur nature qui parlent dans de nombreuses langues de la vie en mer et des raisons qui les ont poussés à émigrer (fig. 5). Les reproductions de leurs possessions peuvent être touchées. Le bruit de tempêtes passagères et l’odeur de tabac renforcent ce voyage sensoriel.

Fig. 6. Le Pavillon de la Navigation après les travaux : vue sur la Zone 2 - Progrès dans la Navigation - où sont exposées des maquettes de bateaux de l’Expo ‘92 et une peinture murale bleue sur laquelle sont fixées des reproductions tactiles d'objets caractéristiques.

Fig. 6. Le Pavillon de la Navigation après les travaux : vue sur la Zone 2 – Progrès dans la Navigation – où sont exposées des maquettes de bateaux de l’Expo ‘92 et une peinture murale bleue sur laquelle sont fixées des reproductions tactiles d’objets caractéristiques.

Zone 2, Un progrès dans la navigation : objets tactiles

Sortant de leur immersion en mer, les visiteurs aperçoivent une grande peinture murale peinte dans une infinité de nuances de bleu dans laquelle sont incrustées des reproductions d’objets grandeur nature accessible au toucher. Elle constitue l’arrière-plan pour un groupe de maquettes de bateaux crées pour l’Expo ’92 (fig. 6). Alors que les maquettes tracent le progrès technologique, des portraits d’êtres humains figurent sur la peinture murale, ainsi que les aspirations et les usages d’inventions technologiques du 16ème au 21ème siècles.

Fig. 7. Le pavillon de la Navigation après les travaux : vue de la Zone 3 - Simulations Marines - avec jeu vidéo géant et un dispositif interactif grandeur nature.

Fig. 7. Le pavillon de la Navigation après les travaux : vue de la Zone 3 – Simulations Marines – avec jeu vidéo géant et un dispositif interactif grandeur nature.

Zone 3, Simulations Marines : jeu interactif ergonomique

Au bout de la zone “Simulations Marines” commence une série de jeux ergonomiques qui invitent le public à simuler la pratique de la voile. Le dispositif ressemble à un jeu vidéo géant projetant à grande échelle des scènes immersives. (fig. 7).

Fig. 8. Navigation Pavilion post transformation: view of new exhibition Area 4 — Seville and the Guadalquivir River—showing the internal deck with reinstated river views and new tactile screens.

Fig. 8. Le pavillon de la Navigation après les travaux : vue sur la Zone 4 — Séville et le Guadalquivir —avec le pont intérieur, le vues sur le fleuve et des écrans tactiles.

Zone 4, Séville et le Guadalquivir : un sens du lieu

A la fin de l’exposition, les visiteurs déambulent sur un pont intérieur qui longe le fleuve. Les vues panoramiques du port historique de Séville rappellent le lieu où commencèrent les aventures des voyageurs qui figurent dans les expositions. Des écrans tactiles présentent en plan fixe l’histoire du développement de la ville à travers les siècles et l’évolution des relations entre la ville, ses habitants et le fleuve (fig. 8).

La tour d’observation – un panorama accessible

La tour d’observation qui date de l’Expo ’92 offre un panorama de 360 degrés de la ville et du fleuve (fig. 2). Un ascenseur externe en verre y conduit, tandis que la descente s’effectue sur une rampe intérieure inspirée de la Giralda – la tour du clocher mauresque de la cathédrale de Séville.

Acteurs et processus de projet

Acteurs

  • Maître d’œuvre : Empresa Pública de Gestión de Activos
  • Maître d’ouvrage : Estudio Vasquez Consuegra
  • Concepteur d’exposition : General Productions and Design
  • Textes : Pablo Pérez-Mallaína
  • Peintures murales : Gabriel Pacheco

Processus de projetvi

La transformation du Pavillon de la Navigation de l’Expo ’92 en musée fut décidée en amont de la création du pavillon. Le projet prend en compte le rôle important qu’a joué la navigation dans l’histoire de la ville (figs. 1 and 2). La récession économique avait entraîné le report de projet jusqu’en 2005. Le musée fut inauguré en 2012.

Une partie des collaborateurs du musée avaient travaillé auparavant au Pavillon de l’Expo ’92. En vingt ans, les attitudes envers l’inclusive design des musées a largement évolué, la preuve en est avec la ré-écriture du méta-récit, la conception des expositions et des espaces. La collaboration interdisciplinaire, plus marquée qu’en 1992, assura une conception d’ensemble plus intégrée.